Réponse à l’article « Lifting: Que penser des nouveaux fils tenseurs? » publié sur Elle.fr

Ceci est un article du Blog du Docteur Foumentèze

L’objet de ce texte est de restaurer certaines vérités, parfois contrariées par cet article publié le 30/09/2014 sur le portail internet du célèbre magazine. Ma démarche ne s’inscrit, en aucun cas, dans un esprit vindicatif envers l’auteur ou encore les spécialistes interrogés. Je comprends qu’une technique encore peu dispensée et médiatisée soit soumise à un ensemble d’analyses approximatives. Il en va par ailleurs de même quant à certaines interventions pourtant bien plus éprouvées. Néanmoins, comme tout médecin ayant prêté le serment d’Hippocrate, je me dois d’essayer de rétablir les faits scientifiques et médicaux afin que les patients puissent porter un jugement éclairé sur le lifting par fils de suspension comme pour toute autre pratique médicale.

Afin d’éclaircir mon propos, je précise que je ne parlerai pas ici des fils de maillage cités dans l’article. Il est très bien expliqué par le Dr Cartier que ces-derniers n’ont aucune vertu pour remonter les tissus graisseux sous-cutanés affaissés. Ils ne consistent donc pas en une procédure qualifiable de lifting mais de réhydratation de la peau. Je m’en tiendrai aux fils tenseurs, que l’on peut également dénommer fils de suspension.

1) Les tissus graisseux continueront de descendre alors que les fils resteront à leur emplacement originel, les fils n’ayant donc aucune réelle action ;

Le phénomène physique est en réalité le suivant. Ce sont les loges graisseuses du visage (pommettes et joues) qui s’affaissent dans les tiers moyen et inférieur du visage avec le vieillissement, créant la déformation de l’ovale ou encore les sillons nasogéniens. Ce phénomène est dû au relâchement progressif de notre tissu constitutif, ce tissu conjonctif fait de 80 % de fibres de collagène et de 20 % de fibres d’élastine, qui maintenait autrefois parfaitement cette graisse. Or, les fils vont venir suppléer ce tissu conjonctif. Ils joueront le même rôle que lui en s’accrochant aux lobules graisseux et en empêchant leurs affaissements. Toutefois, a contrario de notre tissu conjonctif perdant en qualité avec les années, le caractère permanent de ces fils empêchera le déplacement de la graisse vers le bas du visage. La graisse restera positionnée là où se trouvent les fils, ne pouvant plus glisser.

2) Les fils implantés descendront avec les tissus graisseux dans le temps et n’auront donc plus d’intérêt;

Ici également, cela n’est pas possible. En effet, la technique de pose et la qualité du fil utilisé permettent d’assurer un maintien des fils exactement là où le médecin les a implantés originellement. Il ne peut en être autrement si le fil utilisé dispose des qualités nécessaires dont un crantage doux mais efficace. Si ce n’est pas la cas, alors la faute vient du choix déficient du fil tenseur employé.

Dans les deux cas il s’agit donc d’affirmations scientifiquement erronées. Je précise « scientifiquement » car contrairement à ce que l’article affirme plus loin (concernant les fils résorbables mais faisant penser qu’il en est de même pour les permanents), des études sur l’efficacité du lifting médical existent.

J’ai ainsi présenté, en 2010 au congrès EMAA (Masters Européens de Médecine Esthétique et Anti-Age) de Paris, une « étude rétrospective multicentrique sur l’innocuité et l’efficacité des fils de suspension permanents » portant sur 110 patients suivis pendant 2 ans. Cette étude a montré une efficacité parfaitement conservée du lifting médical. Elle a aussi montré qu’aucune complication n’était observée (ni granulome, ni autre) hormis l’infection qui est apparue dans 0.9% des cas soit 1 seul patient sur les 110. Ce pourcentage est afférent à toute intervention avec pénétration de corps étranger et n’est en aucun cas spécifique au lifting médical.

L’efficacité prouvée par ces études ne contredit pas, par ailleurs, l’affirmation du Dr Volpei tant il est vrai que dans certains cas, la combinaison des fils et des injections apporte encore un meilleur résultat.

L’article continue en abordant les suites immédiates du lifting par fils de suspension. Il y est fait mention de « fossettes là où le médecin les a ressortis et coupés [les fils], et parfois des mini-plis devant l’oreille pendant plusieurs jours. » Je me dois de mentionner le caractère tout à fait évitable de ces désagréments. Ces-derniers sont le seul fruit d’une pose insatisfaisante du spécialiste. Il est du rôle du médecin de positionner les fils parfaitement et d’effectuer les derniers réglages à la fin de l’intervention de façon à ce qu’il n’y ait ni fossette ni mini-pli (sic), avant de laisser repartir le ou la patiente. Il n’existe aucun cas dans lequel ces réglages ne soient pas possibles et ces désagréments inévitables. La formation du poseur joue un rôle prépondérant dans la perfectibilité de ces détails. Ceci vaut bien entendu également pour la sensibilité des fils sous la peau mentionnée plus loin. Même en effectuant certaines mimiques, les fils restent impossibles à déceler à moins que ces-derniers n’aient été posés trop en surface.

Nous arrivons ensuite à l’affirmation suivante « Quand un traitement marche parfaitement, comme les injections de toxine botulique, il s’impose tout de suite. Cela n’a pas été le cas pour les fils tenseurs… ». Malheureusement, comparaison n’est pas raison. Si la toxine botulique est une molécule, le lifting médical par fils de suspension est l’alliance d’un produit, d’une technique de pose, et du savoir-faire du poseur. Il a fallu effectuer des essais quant au fil en lui-même, à la forme de ses crans, à la façon de l’implanter, au trajet qu’il devait suivre, à sa profondeur d’implantation, aux liaisons entre eux, ou encore à la force de tension à exercer. Il est ainsi évident qu’une technique complexe ne pouvait atteindre le même niveau de maturité qu’une molécule dans un laps de temps identique. A fortiori lorsque l’on sait que la qualité du lifting médical se juge sur des résultats maintenus pendant plusieurs années et obligeait donc à une longue attente avant de parvenir à un retour sur expérience pertinent comme celui dont nous disposons désormais. Rien à voir avec le Botox produisant un résultat quasi immédiat et disparaissant en quelques mois. Par ailleurs, même le Botox qui a été introduit en France en l’an 2000 n’a connu le succès qu’en 2004, et a été obligé d’évoluer en se renommant « French Botox » en opposition à la pratique d’injection américaine figeant trop les expressions du visage.

Encore aujourd’hui, le lifting médical par fils de suspension évolue et s’améliore malgré des niveaux de résultats et d’innocuité de très grande qualité. En effet, les fils de suspension permanents permettent d’obtenir des résultats quasi similaire au lifting chirurgical, sans les traumatismes ni les risques afférents au bistouri. Cette qualité attendue est la même chez le patient de 30 à 60 ans, qu’il ait déjà ou pas eu recours à la médecine esthétique, et que sa peau soit fine ou lourde. J’ai tout à fait conscience que les passages de l’article auxquels je fais ici référence concernent les fils de suspension résorbables mais je pense qu’il était nécessaire d’en apporter la précision au sujet des fils permanents.

Enfin, s’il est très appréciable et malheureusement trop rare de lire que les fils exigent « une bonne connaissance de l’anatomie: il faut les positionner au bon endroit pour un résultat naturel et sans asymétrie », il est tout à fait faux d’insinuer que cette connaissance ne s’accompagne jamais en France de grande expérience en expliquant que « la commercialisation de ces fils est récente ». Comme d’autres médecins, je pose des fils permanents et résorbables depuis désormais plus de 13 ans et pense disposer de la légitimité suffisante pour l’écriture de ce droit de réponse.